Deux soirées, comme souvent une foule de climats musicaux, mais une unité dans la qualité des groupes du plateau et les émotions qu’ils ont procurées à un public venu nombreux. Cette année, le Fort de Saint-Père n’a pas sonné creux. En version nid de poussière, sous un ciel clément, l’excitation du public soulevait par moments un nuage épais. Comme souvent, les deux scènes, très proches, nous ont invités à nous déplacer entre différents univers et ambiances.
Vendredi 15 août

La soirée s’est ouverte avec les Français de Biche, qui ont lancé les premières notes. Pas transcendant, mais suffisant pour installer l’ambiance.

L’esprit festival s’installe vraiment avec le retour de Porridge Radio, cette fois sur la grande scène. La voix si particulière de Dana Margolin se fait entendre. Déjà vus sur la plus petite scène, ils piochent dans leurs albums pour composer un set où les morceaux s’élèvent par vagues. Le public, jusque-là dispersé, se rapproche : le festival prend corps.

Après les Anglais de Gans, qui réveillent la foule avec leur rock puissant et sans fioritures, on retrouve de vieilles connaissances : Yard Act, de retour eux aussi au Fort mais cette fois sur la grande scène. Comme à son habitude, James Smith capte l’attention avec ses discours ironiques et ses longues tirades. Le public, bien chauffé, oscille entre sourires, danses et hochements de tête au rythme de la basse et de la batterie.

En glissant vers la petite scène, on croise Tropical Fuck Storm. Ici, pas de demi-mesure : guitares dissonantes, rythmes cabossés, un son volontairement rugueux qui déstabilise autant qu’il fascine. De quoi patienter en attendant la tête d’affiche.

Le sommet de la soirée arrive avec Pulp, de retour au Fort. Jarvis Cocker, silhouette longiligne, chorégraphies précises et gestes grandiloquents, transforme le lieu en immense piste de danse. Le public – gonflé par de nombreux Britanniques venus spécialement – chante, crie, danse à l’unisson. Les bras se lèvent, l’émotion circule. La nostalgie ne pèse pas : elle se mélange au présent, grâce aux nouveaux morceaux, et fait vibrer l’instant avec intensité, surtout lors des titres les plus connus.

Pour terminer, Frankie and The Witch Fingers envoient leur garage psyché avec énergie et conviction. C’est généreux et énergique, les musiciens se donnent à fond. Un bon groupe pour finir la soirée sur une note énergique.

Samedi 16 août

La deuxième soirée commence en douceur. Sur la petite scène, Maria Somerville enveloppe la foule d’un voile sonore fragile. Sa voix, légère mais précise, flotte au-dessus de nappes lentes. La poussière est toujours là, mais le public, encore clairsemé, se rassemble dans une écoute attentive. Un moment suspendu, comme un sas vers la nuit.

Sur la grande scène, Fine prend le relais et installe une ambiance délicate. Les musiciens tissent des textures claires, des sons aériens et un chant presque country. Le soleil décline, la journée s’achève, soulignée par ces ambiances musicales. Rien de spectaculaire, mais une belle transition.

Retour sur la petite scène avec M(h)aol. Le groupe démarre doucement, comme en répétition publique : c’est bancal mais amusant. Deux basses au premier plan installent une assise lourde et brouillonne. La batteuse-chanteuse crie ses rimes et se lance dans de longs tunnels de discours. Il est question de chiens perdus, de souvenirs, et de fragments de vie quotidienne, entre des chansons d’à peine une minute trente.

Le set de Trentemøller plonge dans une new wave électronique à l’esthétique sombre. La musique, parfois glaciale, parfois réchauffée par des accents rock, déploie une énergie efficace. Le public oscille, danse par vagues. On croirait presque qu’ils clôturent le festival !

Mais la soirée continue. Suuns construisent patiemment leur tunnel sonore, où le temps se dilue. Rythmes répétitifs, basses lourdes, guitares tendues : tout s’installe. Les corps bougent lentement, comme entraînés par une mécanique intérieure. L’expérience est fascinante, parfois oppressante, mais elle tient le public captif.

Enfin, Kraftwerk referme la soirée. Le Fort, plongé dans la nuit, devient l’écrin monumental des vidéos délicieusement rétro du quatuor. Les quatre musiciens, impassibles derrière leurs pupitres, enchaînent les morceaux – tous cultes, tous connus – qui prennent une ampleur nouvelle en live. Le son est d’une précision chirurgicale ; les rythmes digitaux claquent et transforment le concert en voyage.

On n’assiste pas seulement à un concert : on voit se matérialiser plus de cinquante ans de musique électronique et d’hommages à la technologie.
Bilan
Deux soirées, deux récits parallèles. Vendredi : l’émotion de Porridge Radio, l’énergie brute de Tropical Fuck Storm et Frankie and The Witch Fingers, l’ironie mordante de Yard Act, avant la ferveur collective de Pulp. Samedi : la douceur suspendue de Maria Somerville et Fine, le joyeux chaos de M(h)aol, la plongée hypnotique de Trentemøller et Suuns, puis la rigueur implacable de Kraftwerk.















































