Makaya McCraven – Higly Rare (International Anthem, 2017)

Alors que tout le monde ne parlait que du cosmic jazz de Kamasi Washinghton cette année (avec une prestation au Pitchfork Festival à Paris), l’autre grand disque d’un jazz novateur et contemporain, mais injustement passé complètement inaperçu, était celui du batteur Makaya McCraven et son album Higly Rare. Il était temps de lui rendre justice.

Ayant fait ses armes en assurant les premières parties du Wu Tang Clan, The Pharcyde, Digable Planet (premier groupe de la moitié de Shabazz Palaces) ou encore 50 cent, Makaya McCraven a su métissé son jeu de batterie hip hop avec ses premières influences  : élevé dès son plus jeune âge aux albums d’Archie Shepp, Marion Brown et Yusef Lateef, il a crée un style unique et sophistiqué, lui assurant un statut de beat scientist et devenant ainsi un acteur majeur de la scène jazz avant-gardiste de Chicago.

Hey yo yo yo yo yo, on va quand même vous faire passer un bon moment  scande avec énergie Makaya McCraven au début de cette captation pourtant enregistrée dans une morosité ambiante  : quelques jours avant, l’élection de Donald Trump avait plongé les musiciens dans une torpeur indignée.

L’écoute de la mixtape de Makaya McCraven offre une brève formation sur la scène jazz contemporaine de Chicago. Enregistré en une nuit , on retrouve toute l’énergie d’une formation qui compte ce qui se fait de mieux en matière de jazz contemporain à Chicago  : Nick Mazarella au saxophone alto, Junius Paul à la basse, les incantations de Ben Lamar Gay et donc Makaya McCraven à la batterie autour de huit titres. Sur Highly Rare, on sent la moiteur d’une salle et de concert et la froideur d’une nuit où seule la musique semble salvatrice  : des improvisations chaotiques et viscérales où de longues complaintes (Venus Rising), laissent place à des grooves imparables (l’addictif Above & Beyond ). Mais pourtant, Highly Rare se laisse rattraper par les nouvelles qui fâchent (Left Fields  et ses emprunts au folklore hongrois) qui donnent une couleur introspective et sombre à un album en clair obscur, à l’image d’une Amérique pleine de contradictions, où la violence et les injustices ne sont jamais bien loin.

Makaya Mccraven – Higly Rare (International Anthem, 2017)

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