Les Rencontres Transmusicales de Rennes. Vendredi 2 décembre et Samedi 3 décembre 2011

Bonnets en Trans

Le Vendredi c’est chouette.
Dans le bar du train, après dix minutes de voyage, deux gars passablement éméchés font une before très arrosée à la grande messe hivernale de la découverte de nouvelles pistes musicales. Je me demande comment ils vont faire pour tenir le weekend, au vu du programme de cette 33e édition. 73 concerts vendredi et samedi, dont une trentaine par soir au Parc Expo. Le temps d’arriver, de récupérer les places de concert, et c’est le moment de prendre la Navette depuis le centre ville vers le Parc des Expositions où se tiennent les concerts. Le trajet est presque plaisant, pas de chansons, il y a bien un gars qui essaie de transvaser le contenu d’une bouteille de coca, dans du Whisky, (ou bien le contraire); mais rien d’épique, et c’est limite décevant.

Breton est beau de loin

Sur place, on court au Hall 9, pour voir les anglais surbuzzés de Breton. J’aime bien le nom, et je suis assez curieux de voir tout ça en vrai. Et sur scène on voit un groupe finalement assez classique, des chansons qui font un peu penser au PostPunk. Le PostPunk tellement à la mode chez les jeunes groupes depuis quelque temps. Leur musique introduit un peu de sonorités urbaines, comme le dubstep ou des petits bouts de hiphop. Ils jouent environ 30 minutes, seuil de compétences des gros buzz? (ou jurisprudence Ruby?).

Le concert est assez plaisant, mais rien de vraiment fou ou d’exceptionnel. Juste un groupe, avec un chanteur à capuche et un peu de mystère à la con avec leur Bretonlab et des petites légendes pour dossier de presse distillées ça et là. Juste après eux, les Souleance font le show avec leur set de dj un peu live et terriblement efficace, qui fait finalement oublier la brièveté de la prestation des Breton.

Les Transmusicales, c’est avant tout une promenade à pied dans le dédale de hangars, des arrêts aux stands proposant des trucs variés à manger, des arrêts aux bars disséminés dans les halls; c’est un festival où il est tout à fait possible de ne pas voir un seul concert (on peut le voir là dans les interviews de festivaliers), ça fait très cher la balade gastronomique ou alcoolique. Et donc on marche partout pour explorer les lieux, et repérer les sites de concerts, parce qu’on est là avant tout pour enquiller les concerts et voir le maximum de choses.

Dans les choses que je voulais voir, il y avait Kakkmaddafakka, Hall 3, des Norvégiens qui viennent de Bergen, avec un nom très drôle et surtout un super album, tout plein de jolies chansons pop bien joyeuses et sautillantes. Les deux frères Vindenes, et leur dizaine de musiciens et choristes sont bien là sur la scène. Et ils commencent très fort et très vite avec un morceau qui tient plus de l’eurodance de la pire espèce que de la pop délicate et sentimentale. Les choristes s’agitent comme dans un cours de step, les bras levés au dessus de la tête. Le public, au départ étonné, finit par se faire prendre au jeu, je ne reste pas très longtemps, un peu déçu par le groupe, je m’enfuis vers le Hall 4.

Robin Foster, dans le hall 4, des musiciens bien habillés et plutôt bons, un chanteur qui en fait des caisses (après vérification, le gars s’appelle Dave Pen et il jouerait dans Archive… tout s’explique.), et des chansons, des chansons complètement habitées, une sorte de Post Rock en état de grâce, un numéro fabuleux d’équilibriste. Des arpèges déliés, des mélodies pleines de mélancolie.

C’est sans conteste, un grand moment de ce vendredi soir, même si l’ambiance festival, n’est pas tout à fait idéale pour écouter et apprécier le groupe, effet festival? Hyperactivité? Je change d’air vers la fin du set, alors que le joli équilibre menaçait de s’effondrer, pour cause de chansons un peu trop répétitives. Mais à revoir, vraiment. Après suit une longue errance entre les halls, en attrapant des petites bribes de concerts, je vois notamment des gars avec des chapeaux bizarre qui font de la bouillie.

On croise aussi la prestation très cool et très enthousiaste du dessinateur Luz, surexcité lors de ses dj set à réchauffer la banquise, avec (surprise) du Post Punk et toutes ses obsessions musicales.

Puis, le grand grand moment de la soirée, Stuck in the Sound, le groupe parisien fait son retour avec un nouvel album, le troisième, dont on peut voir un extrait ici. Et pour avoir une idée de ce que donne ce groupe, allez voir les deux albums précédents, celui là, le premier, premier pas réussi dans le rock qui cogne; et celui ci, le plus récent.

Les franciliens sont assez injustement méconnus à mon goût: mais pourquoi? Je ne sais pas trop, il n’y a pas d’explication logique à donner, mais dans le désordre: pas assez buzzable, pas assez cool, trop puriste, trop banlieue parisienne, ou bien un aveuglement général des augures de la coolitude qui préfère les trucs approximatifs mais “cools”. Fin de la soirée, et retour dans une des fameuses navettes des Trans, avec une chorale locale, qui nous a fait profiter de son répertoire de chansons (paillardes, sinon c’est pas drôle).

Le Samedi c’est bien aussi.

Réveil puis direction le centre ville pour essayer d’aller à l’Ubu, et puis fuite devant la queue digne d’un magasin soviétique. Dommage, j’aurai bien aimé revoir Mein Sohn Williams qui m’avait bien plu au Point Ephémère. Un petit tour en ville, puis départ en navette, cette fois beaucoup plus calme, presque vide pour le coup.
On est quelques uns à venir tôt au Parc Expositions pour aller voir Zomby, un des princes anonymes du dubstep anglais. Hall 9, les murs tremblent déjà sous les basses des morceaux joués. Dans la cabine de DJ, un gars tout seul, il porte un masque de Guy Fawkes, comme les anonymous.

Bien installé avec sa bouteille de champagne et ses cigarettes qui font rire, il passe des morceaux bien dansants et efficaces, à l’image de ses albums. Le public assez maigre au départ, gonfle doucement et ondule au gré des changements de rythme et des basses du bonhomme. Zomby a l’air assez content d’être là, enfin au vu des décilitres de champagne bus derrière son masque (et au vu du nombre de cigarettes qui font rire fumées, aussi). On passe un bon moment avec lui.

Le temps de faire un tour du coin, de voir le DJ du Hall 3, le jeune homme Gloria Dave (je pense que l’appellation jeune homme est un peu usurpée, mais comme c’est répété à peu près 150 fois dans le programme, ça doit être soit une private joke, soit il y a une allusion subtile à je ne sais quoi).

 

Le jeune Dave, donc, a un dispositif pédagogique assez drôle pour un DJ avec des caméras qui filment son installation, il écrit le titre de la chanson ou pose la jaquette du vinyl devant un des yeux électroniques. Comme ça, pas de « ah mais c’est quoi ça déjà? », et une belle idée, efficace et esthétique.
Retour au grand hall 9, pour voir les Carbon Airways, le groupe d’adolescents qui ne font pas dans la dentelle. Ils ont un peu fait parler d’eux peu avant le festival pour une histoire de travail illégal d’enfants et d’esclavage moderne; mais heureusement, tout va bien, ils sont là ce soir. Oh lala, on a eu vraiment très peur. Le truc c’était que les très jeunes (14 et 15 ans) membres du groupe ne pouvaient pas jouer sans autorisation préfectorale ce soir.

Atari Preteen Riot

Finalement, leurs laptops et leur air synthés sont bien sur scène, et de nombreux curieux se pressent pour voir les petits. Ils arrivent sur scène, visiblement super contents d’être là, un tout petit bonhomme avec un bonnet de skater et une grande fille. Et ils lancent leurs boucles entre electro clash et noise electro à la Atari Teenage Riot; ou plutôt, pour tempérer un peu le truc, comme des preset poussés à fond et distordus de Magik Music Maker. Mais c’est efficace. La fille, Eléonore, danse sur toute la (très grande) scène, c’est sur que ça change un peu du père Zomby et de sa weed au champagne; arc bouté sur son synthé, son frère, Enguérand, secoue la tête en envoyant du gros son. Energique, il trépigne sur place, bouge la tête, polke, met les bras en croix en hurlant dans le micro. Sa soeur chante de temps en temps, ou plutôt crie dans son micro. C’est roboratif, et le public réagit bien. Efficace, mais un peu répétitif, forcément encore un peu limité, mais tout de même plutôt plaisant, vivement qu’ils aient le droit de jouer après minuit. (Et qu’ils réussissent à toper le pack de sons TekkknoReVival XVIII pour Magik, là ça risque de déchirer grave.).

On arrive à l’heure fatidique où il y a plein de trucs qui jouent en même temps, je me précipite dans le hall où jouent Shabazz Palaces, pour revoir le début de leur set que j’avais aimé la dernière fois. Je reste un peu plus que prévu, encore assez impressionné par la maîtrise des gars, leurs chorégraphies de mains, et leur son original (son assez mauvais ce soir d’ailleurs, dommage). Puis pour ne pas rater Hanni El Khatib dans le hall voisin, je me presse de changer d’endroit. Devant la scène, on peut voir l’installation, deux guitares, et une batterie. Le musicien est dans une configuration très réduite.

 

Il arrive sur la scène, empoigne une des guitares, jette un regard au public, un autre à son batteur et c’est parti, le concert peut commencer, on reconnaît son style, des morceaux voisins de l’album, toujours efficace et très bien fait. Le son est parfait pour son garage rocknroll, c’est vraiment très plaisant. Une chouette (re)découverte lors de ce concert plutôt réussi. La fin de soirée est un tourbillon de musiques diverses, mais rien d’incroyable, peut être Agoria au vu de l’affluence, mais l’attente dans le froid pour entrer dans le hall 9 complet est telle que j’abandonne l’idée d’aller voir le DJ dansant.

Et au niveau chiffres ça a donné quoi, hein?
Le Festival a accueilli environ 50000 spectateurs, dont 10000 le vendredi et 12500 le samedi (complet!) au Parc Expo., le tout sans “grosse” tête d’affiche. Et ça aussi c’est une très bonne nouvelle pour l’avenir.

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