Chronique théâtre: « Ainsi Parlait… » au Théâtre de la Bastille (15/10/14)

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Avec “Ainsi parlait…” le chorégraphe Frédérick Gravel et l’auteur Étienne Lepage nous invitent à prendre un risque. Celui d’être le spectateur d’une pièce sans “quatrième mur”, celui de ne pas choisir la facilité, celui d’opter pour une perte de temps qui élève, celui de « Jeter l’argent par les fenêtres de la beauté » .

Nous étions donc là, alors que nous aurions pu assister à une one man show sans cervelle ou que nous pu nous avachir sur notre canapé devant un divertissement vulgaire.

Dit comme cela, le propos semble infiniment élitiste sinon prétentieux… Or, si “Ainsi parlait… “ est un pari, un challenge, il n’en est pas moins accessible car il parle un langage (je devrais dire des langages) universels et dévoile des discours dont le propos ne peut laisser personne insensible.

Des langages ? Oui, car ici le texte et la danse dont intimement liés. De la parole naît le geste et réciproquement.

Sur la scène, quatre personnages monologuent tour à tour, non sans ironie, sur leur rôle dans la société, sur le monde du travail, sur la consommation, sur le spectacle. Avec toute leur subjectivité et leur manière de dire, ils nous questionnent et ouvrent la voie non pas vers des réponses tranchées mais vers de nouvelles interrogations … Et si les mots manquent, l’expression corporelle prend le relai. Elle assure également la cohésion entre les saynètes car le spectacle n’est pas construit selon une quelconque trame narrative.

Derrière l’argument, ce qui m’a le plus intéressé dans “Ainsi parlait… “, c’est le travail porté sur le rythme. Que ce soit dans les diatribes, dans les passages dansés ou hybrides. Par les mots ou par le geste, ça bouge, ça bouillonne, ça tangue… et c’est cela qui donne toute son acuité au spectacle.

On est loin du théâtre à thèse morne où la vindicte ne mène qu’à la morosité. Ici, les réflexions philosophiques sont résolument rock’n roll et par leur attitude décontractée et leurs propos peu châtié, les comédiens nous haranguent, nous provoquent mais suscitent en même temps toute notre sympathie – le charme de l’accent et du vocabulaire québequois en plus !

Inclassable et plus profond qu’il n’y parait, “Ainsi parlait…” prouve que l’on peut allier réflexion, anti-conformisme, humour et énergie brute et nous signifie que oui, la philosophie est un sport de combat qui se s’accorde bien avec une urgence punk. Un exercice salutaire !

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