Sillage #1 Holden – Ce que je suis. Vendredi 5 mai 2006

 holden_chevrotine

Un sillage, on peut parfois essayer de le suivre. Dans un sillage, il y a des remous, et je vous promets que dans ces sillages, il y a aussi de la musique. Parfois des fanfares tonitruantes, des grandes orgues qui hurlent dans les oreilles, des cloches tintinnabulantes ; d’autre fois des murmures, des souvenirs vagues et brumeux de petites mélodies, tapis sensibles, mémoire vive. Et des fois ils n’ont jamais existé, aussi, parce que je fais ce que je veux.

En 2006, Holden sortait son troisième album, Chevrotine, belle  pop française. Début mai ils ont fait un concert à la Maroquinerie, super concert je crois, j’y étais, enfin il me semble. Pendant le concert ils ont joué Ce que je suis, et c’est là que tout commence, ou bien est-ce le contraire, d’ailleurs, je me le demande encore.

– « Je crois que je ne t’aime plus. »

Allons bon…

-« Mais on va voir Holden non ? »

Elle me  dit : Oui, on va voir Holden, d’ailleurs on se donne rendez-vous là-bas, et puis on avise.

Ah ok. On voit. On réfléchit. Ouais ben voilà la réflexion c’est bien, et ça peut servir.

Je me suis perdu. Mais elle est où cette foutue salle ? J’erre dans les rues. Pourtant j’avais regardé le plan. En plus, on est en 2006, je ne sais pas trop où est mon smartphone.

J’ai bien le droit.  J’ai bien le droit aussi de faillir, défaillir. Jusqu’à mesurer le prix, mais qu’est ce qu’il m’arrive ?

– « Tu es en retard, toujours décevant. »

Mais dans ce coin, tout se ressemble. Et en plus je n’ai pas encore d’iPhone, conasse.

« Hein ? Ton quoi ? » Ses yeux se sont embués tout à coup.

Elle n’aime pas le futur. Ou alors c’est mon humour qui ne passe pas. Je ne sais pas. Ou alors elle est triste, mais elle est souvent triste, je ne sais pas.

Je pense que le concert de Holden devrait lui redonner la banane, forcément, et peut être j’aurai un bisou.

Je ris aux larmes, je l’armorie, mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?

Le concert, dans la salle comme un fantôme, il y a du monde, sans doute même des blogueurs antédiluviens.

Je me souviens d’un concert magnifique, traversé par quelques fulgurances.

Je me souviens aussi de la chanson, Ce que je suis, une chanson pop en français, avec la voix impeccable d’Armelle Pioline, ses intonations douces, ses jeux de mots adolescents. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?

Le concert est émouvant aussi, elle pleure un peu.

« Tu t’es fait mal ? » (je suis conciliant)

« Non. enfin pas vraiment. C’est notre dernier concert tu sais ? »

… Je vais à des concerts de pop avec une emo…

-« Ne dis pas ça, il y en aura plein d’autres.  » Il y en a eu plein d’autres en fait, je dis ça pour les inquiets, c’est vrai qu’il y en a eu où on n’avait pas choisi d’être au même endroit.

La sortie du concert, marche nocturne, Paris la nuit, douce nuit de mai, le printemps. Holden dans la tête.

Et finalement.

Je dors au bord de mon lit.

Rapprochement des corps, temporaire, achat d’un répit, d’une respiration avant l’asphyxie et le gouffre.

Mauvais payeur décidément.

ET bien plus tard, j’ai revu Holden à la Maroquinerie. Encore un nouveau départ, mais ça, c’est déjà une autre histoire, sans doute un autre sillage d’ailleurs

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