Lost (Replay) au Théâtre de la Bastille

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Et si des anges déchus venaient à la rencontre des humains? Ceux d’aujourd’hui, hyper connectés techniquement, mais déconnectés de leurs émotions, des relations dans le monde réel, un peu paumés en tant que descendants d’une histoire très lourde à porter.

Voilà le propos aussi mystique que politique de Watkins dans sa nouvelle création « Lost (Replay) » actuellement au Théâtre de la Bastille.

Soit Hub et Fay, lui est un homme divorcé père de trois enfants qu’il ne voit plus, son travail consiste à écouter les conversations téléphoniques d’un SAV d’une service télécoms. Il est en analyse, s’enthousiasme pour tout ce qui est biens matériels. Elle est seule aussi. Sans emploi, connectée au monde par sa box, un gamin qu’elle voit un week-end sur deux, survivante d’un cancer. Ils habitent dans le même immeuble mais ne se connaissent pas. C’est sans compter l’intervention dans leur vie de trois anges déchus (et déçus aussi) qui sauront leur souffler quelques préceptes pour se réapproprier, simplement, leur condition d’humain et devenir alors des sortes d’Adam et Ève post-modernes.

S’il faut s’accrocher un peu au début très fragmenté et bien trop long de cette fable ancrée dans l’actuel, la suite est autrement plus intéressante et portée par un quintet d’acteurs épatants, Anne Alvaro en tête. On regrette cependant parfois une direction d’acteurs qui frôle le grotesque avec ses postures et son phrasé sur-expressifs, très « théâtre contemporain des années 80 ». On se passerait volontiers de quelques attitudes outrées et chorégraphies reptiliennes.

Toutefois, c’est la satisfaction de découvrir une pièce au propos fort,  absolument pas prétentieuse et souvent drôle qui domine. C’est fort bien écrit, malin dans le fond comme dans la forme. On n’adhère pas forcément toujours à la critique sociétale qui est dressée, peut-être parce qu’elle est trop juste ou peut-être trop manichéenne, mais elle inspire une réflexion dont il est difficile aujourd’hui de faire l’économie.

Watkins semble assez pessimiste sur l’avenir de l’humain – si seuls des anges peuvent nous faire prendre conscience de notre humanité, où allons nous? Mais il nous invite à prendre conscience comment nous avons dénaturé le langage et la communication interpersonnelle, comment, aussi, nous avons pris l’habitude de nous recroqueviller sur nous-mêmes aux dépends des rapports sensibles. On peut s’ennuyer ou ronger son frein pendant « Lost (Replay) » mais on n’en ressort pas moins avec une certaine envie de couper, ne serait-ce qu’un instant son foutu portable pour aller à la rencontre de l’autre, en vrai.

 

 

Lost (Replay)

Théâtre de la Bastille jusqu’au 3 février

Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 20H00 | Dimanche à 18H00.
Pièce de Gérard Watkins
Montée par Gérard Watkins
Avec Nathalie Richard , Anne Alvaro , Fabien Orcier , Gaël Baron , Antoine Matthieu

 

 

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