Scott Walker – Bish Bosch (4ad)

Ça commence par le morceau See You Don’t Bump His Head. Ça commence  par de la batterie, des battements rapides comme le cœur d’un animal aux abois. Puis la guitare vient se glisser dans les interstices, glissant des sons dans les rares silences, élément anxiogène. Et la voix arrive, on pourrait penser que l’on écoute de la pop, mais on est comme au théâtre du XVIe siècle, le chanteur déclame, scansion en équilibre.

Le nouvel album de Scott Walker depuis six ans et  The Drift  débute par un coup aux tripes, poétique, sauvage et dépouillé ; la guitare souligne certains moments, le reste est porté tant bien que mal par la voix et des guitares errantes. Le second morceau Corps de Blah est une petite montagne de 10 minutes (le Mont-Blanc), un condensé musical interminable qui donne l’impression d’entendre une série de chansons. Il n’y a pas de structure bien définie mais plutôt un ensemble de phrases tour à tour assemblées. Suivi par SDSS14+3B (Zircon, A Flagpole Sitter), autre montagne (20 minutes, là on est pas loin du K2), rempli de silences, voix perdue comme dans un hall d’aéroport, tout juste soutenue par une mince reverb, puis la guitare, les sons électroniques, les sons d’orchestre et la batterie, compagnons fidèles du vide.

A l’écoute de la totalité, on voyage entre des plages de calme et des moments qui peuvent faire penser aux plus extrêmes (au pire ?) des musiciens expérimentaux les plus tordus. Mais la minute suivant un orchestre de samba vient tempérer la tension du morceau. On y trouve des batteries errantes, des sons électroniques vaguement inquiétants, des phrases musicales à la guitare pour porter un peu la voix, et des silences, de longues plages de silence presque absolues. C’est le royaume du beau bizarre, les instruments ont l’air perdus entre les phrases musicales ; la voix quant à elle, est folle, elle vogue sur les mots, bute parfois sur eux, les maltraite, les répète beaucoup, gourmandise de la récitation scandée.

Ce disque est une expérience hautement recommandable, il n’est pas forcément très agréable, mais il reste émouvant, ce n’est plus de la pop, plus du rock, ça ne ressemble pas aux disques qu’on a l’habitude d’écouter, une sorte de post post post musique moderne amplifiée.

Pour la comparaison, toutes proportions gardées, j’ai pensé par moment à l’expérimentation d’Howie B avec Sly and Robbie, Drum & Bass Strip to the Bone. Un autre disque où chaque piste est déconstruite et dépouillée de ses éléments.

Bish Bosch est un OVNI en 2012, hors des pistes, sans objet défini, un disque d’un vieux monsieur qui n’a pas fini de penser sa musique, qui n’a pas fini de la déconstruire peu à peu.

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