Route du Rock Edition hiver 2016

Part 1. L’Antipode (Rennes). Jeudi 25 février

Deuxième soirée de cette nouvelle édition hiver de la Route du Rock. Avec au programme de la salle rennaise de l’Antipode, trois groupes qui sont bien dans l’ADN du festival malouin : Car Seat Headrest, Kevin Morby et Here We Go Magic.

Je suis arrivé peu après le début du concert des jeunes américains de Car Seat Headrest. Le nom est un peu étrange, mais on a échappé à Fromage, à Table de Salon ou à Livre (quoiqu’il y aura bien un groupe de garage-rock générique français pour le faire.

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Sur scène ça s’agite par moment, le groupe fait le boulot, mais certaines longueurs plombent un peu le set. Si les morceaux les plus énervés font souvent mouche, les moments plus calmes où Will Toledo se pose un peu plus sont plus poussifs, voire pénibles. Mais dans des moments où l’énergie du groupe se déploie, les mots du chanteur font mouche et les riffs sont parfaitement accrocheurs (allez voir le très bon morceau Vincent). Les réminiscences des années 90 se font bien sentir et la magie s’opère (Oh !!). La fragilité et le charisme inversé du chanteur combiné à sa voix très particulière renforcent cette impression de déjà vu confortable. En somme, c’est le début idéal d’une soirée concert.

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Tout le monde est prêt à entendre l’artiste le plus attendu de la soirée, le folkeux 60’s des années 2010, Kevin Morby. Cette fois, le chanteur est seul en scène, avec son petit ampli et sa Jaguar rouge (une tournée en solo en hiver doit être plus rentable qu’un groupe au complet). Comme au printemps dernier lors de la Villette Sonique, le set est impeccable, un mélange de ses deux albums avec ça et là quelques nouveautés et une très chouette reprise de Random Rules des Silver Jews.

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Le spécialiste musiques amplifiées de Ouest France a aussi entendu une autre reprise de Bob Dylan cette fois, mais je ne m’avancerai pas autant que lui, tant le Kevin est très inspiré par l’icône des 60’s. Sinon L’artiste a un peu l’air de s’ennuyer sur la petite scène rennaise, et les interactions avec le public se limitent à des déclarations passives/agressives sur les morceaux de son répertoire. Mais la magie (vous me voyez arriver là ?) opère là aussi et le concert a un goût de trop peu finalement, en dépit de l’absence d’un groupe, Kevin Morby a parfaitement captivé le public.

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Le troisième artiste de la soirée arrive sur la scène, ce sont les américains de Here We Go Magic, et la pour le coup la magie n’est pas évidente (ouf), entre resucées convenues des hits des années 80 de Peter Gabriel et pop groovy un peu générique. Et ce n’est pas l’ennui profond des musiciens qui va enlever cette impression désagréable… Du coup la soirée se termine un peu en eau de boudin.

10uxsb

Part 2. La Nouvelle Vague (St Malo). Vendredi 26 février

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La soirée s’ouvre avec les anglais de Novella, de la pop qui fait un peu penser (de loin) à à Electrelane, avec les éléments pop/rock 90’s qui vont bien. Les filles ont l’air de bouder un peu (bon ok elles boudent vraiment beaucoup), peut être à cause du public un peu rare ou bien à cause d’un catering sans gluten, on ne sais pas trop. Mais elles font le boulot, et on retrouve bien les petites sonorités des années 90 attendues, sans surprise, donc, mais plutôt très plaisant, particulièrement au vu de la suite de la soirée.

J'aurai jamais dû manger ces algues Wakame

Parce qu’après le reste de la programmation a été un long chemin de croix pour les oreilles et les nerfs.

Tout d’abord le petit prince au pyjama de soie échancré, LA. Priest qui a délivré une performance entre approximations (beaucoup), boucles enregistrées, et vrais bon moments, particulièrement sur certains moments où il chante avec sa guitare.

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Mais la performance laisse un peu perplexe, malgré une mise en scène plutôt réussie avec ses lampes clignotantes sur l’arrière de la scène. Des lampes qui ressemblaient un peu aux lampes chauffantes qu’on peut voir dans les élevages de lapins ou de poulets. On peut penser que le chanteur a besoin de son éclairage et d’une température constante pour pouvoir se produire, la Californie, tsé.

piou piou
Sam Dust à l’école primaire, allégorie.

Mais au vu de la suite, la prestation du gourou était finalement un plutôt bon moment. Parce qu’après ce sont les français de Bon Voyage Organisation qui viennent essayer de réveiller la salle qui sonne un peu creux.

les agités
les agités

Dès le départ, on est dans l’ambiance, sur la scène tout le monde joue dans son coin et la chanteuse et un gars hululent dans leur micro, bien entendu, il y a un effet très pénible sur la voix, si vous voulez vous faire une idée, c’est le même effet utilisé par Alisson Goldfrapp dans son premier album pour faire des solos de voix, sauf qu’à l’époque c’était majestueux et plutôt beau, là on dirait juste une tranche de vie d’un karaoké du BDE d’une école de commerce, déguisements trop funs compris (#nooffence, parce qu’il y a l’excuse de l’alcool qui coule à flot dans ce cas précis).

Bref c’est assez pénible, ça s’agite et ça en fait des caisses, et je jette finalement l’éponge après quelques morceaux rigoureusement identiques; en me disant que demain sera un autre jour.

Part 3. La Nouvelle Vague (St Malo). Samedi 28 février

Revendeur d'iPhones
C. Duncan, revendeur d’iPhones

Troisième soir du marathon d’hiver, avec une soirée un peu mieux garnie niveau public (et programmation). Le début est animé par le très calme écossais C. Duncan, tout timide sur la scène; il enchaîne les très jolies chansons tirées de son superbe album Architect. 

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Ce qu’il y a de bien, c’est que le simple début de la soirée comprend déjà beaucoup plus de bons moments que le jour précédent. La pop lumineuse et aérienne du premier artiste est un régal pour nos oreilles éprouvées par l’horrible monstre discoïde du vendredi.

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Si vous voulez vous faire une idée courez vite écouter l’album ou bien pensez aux jolies compositions de Clock Opera, Grizlly Bear et consorts. C’est donc dans une atmosphère ouatée propice aux épanchements du cœur qu’on accueille la tête d’affiche de la soirée (ils jouent le plus longtemps, CQFD), le groupe irlandais, Villagers.

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Déjà il y a beaucoup de monde sur la scène, dont une harpe et de plusieurs claviers, signe que le groupe a bien évolué depuis des débuts electrofolk (à la Tunng). Maintenant le propos est dépouillé des oripeaux technologiques, place aux instruments acoustiques, et à l’émotion brute.

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Le chanteur, Conor O’Brien, est au centre de l’attention, égrenant le jolies balades folk de son dernier album (on avait parlé surtout de Sufjan Stevens ici, mais l’album des Villagers sorti au même moments est au moins aussi beau). on retrouve bien entendu toutes ses belles chansons tristes, dont la très belle Dawning on Me ou Nothing Arrived (des tubes de déprime en puissance pour la prochaine fois où tu te fais larguer, promis juré).

Fan des Villagers, allégorie féline.

Fan des Villagers, allégorie féline.

Le public venu nombreux semble être là pour le groupe, tout le monde est captivé par les arrangements luxuriants et la voix du petit bonhomme sur la scène. O’Brien tourne entre plusieurs instruments, tantôt au piano avec sa harpiste rousse flamboyant, tantôt sur le devant de la scène à la guitare, dodelinant de la tête et prenant des poses de chanteur concerné.

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Forcément après toute ces sucreries (oui, le concert était chouette, mais un poil trop long), on a envie d’un peu de brutalité, et comme à la Route du Rock ils savent (la plupart du temps) faire des enchaînements parfaits, les anglais de Hookworms sont le groupe idéal pour réveiller tout le monde de la douce torpeur dans laquelle O’Brien les a plongés.

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Les joyeux troubadours d’Hookworms viennent de la riante cité du Nord de l’Angleterre de Leeds, également connue pour avoir un temps accueilli Eric Cantona, avant Manchester. Et aussi pour son climat serein, propice à la pop solaire.

Chez Hookworms, on ne s’embarrasse pas avec la subtilité, le line check à 100db est une bonne préparation pour les oreilles à la brutalité de leur set. Le chanteur restant un peu plus longtemps, parce qu’il faut faire un choix très méticuleux entre les effets de distorsion,  les boucles et les formes d’onde du synthé (carré ou carré ?).

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Le gars est un spectacle à lui tout seul, cramponné à son micro il se contorsionne sur ses machines en poussant des hurlements suraigus à réveiller un stade (forcément après le pépère O’Brien ça change un peu).

Comme tous les concerts des anglais, l’ensemble est très impressionnant, ils ne s’arrêtent pas une minute, enchaînant les morceaux à toute vitesse.

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Les morceaux garage/noise/kraut surchargés de distorsion et de fuzz font mouche et quelques enthousiastes commencent à tanguer en rythme dans le public. C’est brutal et intense, et après ce très bon moment passé à écouter leur rage, je décide d’arrêter là ma Route du Rock hiver de cette année.

Cette année à encore été riche et surprenante (il en faut pour tous les goûts), et on ne peut pas dire que les programmateurs choisissent le confort et ne prennent pas de risque. Ce qui est de très bonne augure pour la très attendue édition d’été !! Mais ça on en reparlera sans doute très vite.

Oh et aussi, one more thing, toutes les photos du festival dans le diaporama ci-dessous.

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