Route du Rock 2012. Le report (re)venu de loin.

La route du Rock, c’est notre rendez-vous boueux de l’été depuis quelques années. Cette année on s’était laissé dire que ça allait être vraiment différent…

La programmation

Cette année pas vraiment de tête d’affiche mais plutôt un mélange (équilibré) de groupes de deuxième division et d’anciennes gloires sur le retour.

La météo

Il a fait beau, enough said. (Coucou le retour de la poussière dégueu)

L’accueil du public

J’ai lu dans divers publireportages que le festival allait mettre fin à des années de honte (sic) (les pauvres, de la honte pendant plus de 20 ans !) concernant l’accueil des festivaliers et l’organisation, non mais sérieux, juré et craché même. (Dans les fait, il y a un mieux mais ce n’est pas encore ça, et loin de là cf. le camping)

Vendredi 10 août 2012, le premier jour

La journée démarre sous un soleil radieux avec Yeti Lane sur la petite scène (dite de la tour). J’arrive au milieu de leur set, et il y a un petit peu de monde devant. Le temps d’un en-cas, je reste un peu à écouter leur pop légèrement psychédélique. Un concert plutôt agréable, mais qui aurait peut-être mérité une heure un peu plus tardive.

Une pause puis le premier vrai concert (oui sur la grande scène ça fait un peu moins showcase à la FNAC). Je retrouve avec plaisir les anglais d’Alt-J. Et leur pop mâtinée de plein de trucs portée par la voix de petit canard de leur chanteur. Ce qu’il y a de bien c’est qu’on a retrouvé exactement le disque, sans fantaisie, sans excès, et sans prise de risque. Un live découverte pour ceux qui ne connaissaient pas, un écoute interactive pour les autres.

Patrick Watson est venu après, avec ses musiciens et son piano.

Là encore un live sans trop de surprises, parfois ennuyeux, avec cependant quelques bons moments comme lors des multiples jolies ballades, où le chanteur et ses musiciens nous font doucement entrer dans la soirée, dans un petit nuage un peu cotonneux.

La tête d’affiche du premier soir était sans conteste Spiritualized, qui venait jouer au fort de Saint-Père à l’occasion de son dernier album. Jason Pierce n’est pas venu tout seul d’ailleurs, puisqu’il est accompagné d’au moins une équipe de hand sur la scène. Il y a même des choristes.

Et selon une formule éprouvée, la pop avec des choristes c’est rarement fantastique. Il commence pourtant pas mal le set avec le «tube» de l’album Huh, Hey Jane. Où les choristes justifient leur salaire avec moults hululements.

Et après? Commence pour moi une longue traversée du désert musical, où je vais manger une galette saucisse, où je manque de me (re)mettre à écouter Vanessa Mae de mon plein gré (true story). Et finalement résolu à l’ennui je m’assois sur le sol et j’attends la suite des festivités.

La majesté de Dominique

Et la suite, parfaite, c’est le majestueux Dominique A (je mets majestueux pour faire un peu plus presse, c’est un peu comme tendre ou classieux, mais en version presse quotidienne nationale) qui arrive sur la scène, lui aussi bien accompagné, mais cette fois c’est pour la bonne cause, pas pour l’esbroufe. Je me souviens l’avoir vu un autre dimanche, il y a longtemps, sur cette même scène avec seulement sa guitare et son sampler, et d’avoir dansé de joie (oui pendant Dominique A, c’est possible).

Du coup j’attends le concert avec pas mal d’impatience d’autant que j’ai adoré Vers les lueurs. Et là je sens que je vais danser doucement pendant Rendez-nous la lumière et ses arrangements riches, et effectivement quand il la joue, c’est beau (je peux pas danser je fais des photos) mais il ne déçoit pas, pas du tout, les cordes portent le morceau et son orchestration impeccable.

Le reste du concert est à l’avenant, pas de fausse note, pas de répit, et une très belle impression.

Il n’y a pas trop de monde devant les concerts, le fort sonne (déjà) un peu creux. Le temps de bouger sur l’autre scène pour revoir avec plaisir les australiens de Civil Civic et leur noise festive, bien inspirée mais très efficace en live.

Le show commence avec notamment le titre phare Run Overdrive, rêve fou de tout guitariste une peu nerd, qui joue dans sa chambre devant son ordinateur; avec son son saturé, son synthé baveux, et ses rythmiques pleines de distorsion.

Devant eux, ça bouge, comme pour Dan Deacon l’an passé, le public réagit vraiment bien et saute dans tous les sens ; on peut regretter peut être l’exiguïté des lieux, je ne suis pas sûr qu’ils aient dépareillé sur la grande scène.

The Soft Moon, l’inconnu du festival pour moi, pas eu le temps d’écouter avant et je ne connaissais pas du tout le groupe. Au vu du nom je pouvais espérer, un BO un peu soul, un peu disco, un peu leste d’un téléfilm M6 du dimanche soir. Mais non en fait de lune, dans la musique de The Soft Moon, c’est celle qu’on voit la nuit, qui éclaire de ses rayons blafards.

Les gars sont plutôt des émules de la new wave la plus froide, du krautrock le plus répétitif (j’ai la flemme de citer des noms, ou alors celui qui m’est passé à l’esprit en premier: Editors, et oui j’ai un peu honte du coup). Je vous conseille d’aller écouter leur excellent album The Soft Moon chez Captured Tracks (2010!).

Il commence à se faire tard, quelques personnes errent encore dans l’enceinte quand Tom Jenkinson, Squarepusher, et son casque avec des loupiotes (oui comme des fameux robots français).

Et là il achève de vider les lieux en jouant un début de set super bruitiste, les velléités de piste de danse, c’est pas DU TOUT pour ce soir. Je reste un peu le temps de profiter du retour annuel au fort. Jusqu’à ce que le lampadaire sur scène envoie sa dernière salve, signal de la fin des nos oreilles, et signal du départ vers le camping, pour la fin tranquille de la soirée.

Ah et aussi Squarepusher était venu avec son fan club.

Fan club Tom J.

Le deuxième jour, samedi 11 août

Ca commence très bien avec le concert de Veronica Falls, le groupe initialement prévu a annulé sa venue, et les anglais très chouettes les remplacent donc avantageusement.

Un génie omniscient a cru cependant voir les My Best Fiend mais après une vérification consciencieuse, il a dit que non en fait il s’est trompé, tout ça à cause des groupes qui ne portent pas de maillot et que lui les groupes majestueux et pleins d’émotions il en voit plein, donc au bout d’un moment il confond, et ce n’est pas facile. Pour plus de détails sur cette aventure, qui va sans doute renforcer la crédibilité du journalisme culturel, sans parler du journalisme culturel parisien, c’est ici que ça se lit (et on ne rigolera jamais assez avec ça).

En tout cas Veronica Falls berce les premiers arrivants sous un soleil toujours radieux (on le dira jamais assez) et on retrouve avec un très grand plaisir les morceaux de l’album. Dont le tube, le super chouette Found Love in a Graveyard, les londoniens ont l’air contents d’être les invités de dernière minute, et ils font le boulot avec application, malgré moment un peu plus faibles dans le set (aka répétitifs/chiants).

C’est au tour des filles énervées de Savages de monter sur la scène, elles font un espèce de rock/new wave « viscéral et altier », ouais. En vrai, il y a une fille qui prend des poses à la Ian Curtis, et des musiciens qui récitent leurs classiques coldwave.

C’est super efficace, ça bouge beaucoup, la fille ne ménage pas ses effets et multiplie les poses, pour le plus grand bonheur des photographes et de son fanclub hardcore des premiers rangs (oui ça bougeait un petit peu devant la scène). Pour le reste pas grand-chose à dire, sinon que c’est plaisant et très énergique. Il y a un simple très bon sur Spotify, à aller découvrir pour avoir une idée.

La soirée continue, après le changement de plateau, c’est les américains de Baltimore (comme quoi il n’y a pas que The Wire et Tupac là-bas), Lower Dens.

Lower Dens c’est avant tout un album très bon, qui m’a fait quelques trajets en transports l’année passée. Le quintet est sur la scène et joue tranquillement ses morceaux. Là encore le passage au live n’ajoute pas vraiment à l’expérience du disque, même si les morceaux sont toujours aussi bien ; mais là c’est vrai que c’est toujours mieux en live; sans le live on ne peut pas voir la coiffure fantastique du guitariste et sa magnifique moustache, ou bien les lunettes orthopédiques de la chanteuse (?).

Après le concert la scène se remplit peu à peu de structures bizarres et d’instruments variés, dont un paquet de synthés. Tout ce bazar sur la scène pour le concert des XX, têtes d’affiche du festival. Les anglais arrivent peu après, toujours les trois même, une fille blafarde, un bassiste blafard et Jamie X derrière les machines.

Le trio a joué pendant un assez long moment, on retrouve bien sûr des chansons du premier album, les très connues Crystalized, VCR et Intro. Mais aussi le premier extrait de l’album à venir, le très tristouille Angels qu’ils jouent d’ailleurs en ouverture. Les XX n’ont jamais été des bêtes de scène, et le prouvent encore cette fois, mais ce n’est pas désagréable, parce que la mélancolie quand il fait chaud ce n’est pas si mal.

Mark Lanegan venait ensuite, avec sa casquette et son look de rescapé, accompagné par ses (très bons) musiciens, il a livré un set plus nerveux que je le pensais. Je ne suis pas très fan du monsieur, mais si vous voulez vous faire une idée plus précise, il y a une excellente capture du concert sur Arte Live Web.

Pour clôturer ce samedi, ce sont les londoniens de Breton qui ont été choisis. Découverts aux Transmusicales de Rennes en décembre 2011, j’avais bien aimé leur melting pot de différents styles musicaux ; revus au point Éphémère dans l’année, le concert avait été beaucoup moins enthousiasmant.

Ce soir, la constatation est la même, pour ce qui est de la pose et de l’esbroufe, on a affaire à des maîtres.  Mais sorti des chansons les plus réussies du disque (très bien ce disque d’ailleurs voir là), il y a des morceaux beaucoup plus faibles, du coup ça laisse une impression de vide dans la prestation. J’avais parlé de seuil de compétence du buzz, et ce soir malgré les mouvements de capuche et les discours du gars, c’est pareil.

Il est déjà l’heure de partir, un des gros défauts de la route du rock est l’arrêt brutal des concerts. Il n’y a pas de moments dansants après les concerts, et il faut rentrer au camping (vous voyez les images du Darfour, c’est à peu près pareil avec trois toilettes et deux douches, et des pierres) affronter les hordes de gars qui semblent avoir pour passion de hurler des trucs étranges. Peut-être que c’est un festival pour des gens qui se couchent tôt, ou qui n’aiment pas vraiment le côté un peu festif et dansant de la musique, va savoir, c’est peut-être pour ça que j’en ai vus sur des fauteuils pliants DANS l’enceinte du fort.

La preuve par l’image sinon c’est pas drôle

Le dernier jour, le dimanche soir.

Quand les américains de Cloud Nothings commencent à jouer les vieux murs sonnent un peu creux, mais il y a déjà des gens qui apprécient le rock/grunge un peu 90’s des gars. Un groupe parfait pour la Route du Rock. Le groupe est très efficace sur scène et ils font beaucoup de bruit, et les promesses entrevues sur leur album sont bien là , vitesse, énergie et efficacité, le souci c’est qu’ils jouent en début de soirée, donc il n’ont pas le public en folie qu’ils mériteraient.

Stephen Malkmus, détendu, tout sourire est le deuxième à passer sur la scène. Le vieux routier de la scène indé livre un concert bien carré.

Tout en communiquant avec le très calme public de la Route du Rock. Les chansons sont parfaites pour un début de soirée, et je vais d’ailleurs m’asseoir un peu derrière pour mieux profiter du concert, avec un truc à manger. Stephen Malkmus est en forme, aussi, il fait même une blague sur Alan Stivell (il s’est renseigné un peu sur la Bretagne et ses artistes majeurs).

Pour rappel, le cool album dont il aura joué la plupart des chansons phares.

Là, après Stephen and The Jicks, il y a une série d’artistes qui ne m’intéressent pas du tout et la fatigue du dimanche commence à se faire sentir, la difficulté des festivals avec une seule scène et des changements de plateau longs. La période creuse commence avec les anglais de Chromatics. Le concert commence plutôt bien avec un instrumental très efficace Tick Of The Clock tiré de la BO du film Drive (la chanteuse n’est pas sur scène encore, pas trop d’agitation du coup).

Le son est parfait et le morceau est vraiment hypnotisant. Puis la dame arrive et là c’est beaucoup moins bien, du coup je m’éloigne un peu. Leur concert est assez court, il me semble qu’il devait y avoir moins de 10 chansons. Ils finissent par une reprise très réussie de Neil Young, Hey Hey My My ; un truc amusant c’est qu’ils la jouent avec les paroles dans le désordre, mais ils finissent très bien leur concert. (J’ai aussi l’impression qu’ils ont joué une autre reprise, mais je ne suis pas trop sûr donc je ne préfère pas prendre de risque pour ne pas me prendre un carton jaune par un expert musical).

***update: j’ai appris bien plus tard que le morceau en question était une reprise de Kate Bush, Running up that Hill.***

Changement de plateau, et là toutes les lumières sont éteintes, Mazzy Star va jouer. Hope Sandoval, telle la méchante reine dans Blanche Neige, ne supportant pas de se voir vieillir, a demandé l’extinction des feux. Heureusement il reste encore les lumières des baraques à frites pour réussir à s’éloigner de la scène. Pas de photos du concert, je n’avais pas amené les objectifs infrarouges. Mais pour résumer c’était du Mazzy Hope, voix cotonneuse, arrangements riches et sommeil.

La petite scène se prépare à un nouveau concert, ce soir c’est le saxophoniste Colin Stetson qui s’y colle. On a déjà parlé de Colin Stetson à l’occasion des Transmusicales il y a quelques mois. Une constatation, les drones ça passe pas du tout dans un festival, mais alors pas du tout.

Passé la joie de voir un saxophone géant, il ne reste plus grand chose pour s’esbaudir, parce qu’on est pas à un festival de musique expérimentale, parce que le drone même si c’est un exercice intéressant est rapidement pénible sur le long terme en concert debout, en plein air.

La fin du festival approche, et ça fini par deux groupes totalement différents.

D’abord les Walkmen, mélange un peu bizarre et grandiloquent d’indie pop, de britpop et de… U2 Ouais, c’est assez difficile à imaginer comme ça, mais c’est à ça qu’on pense devant la scène, avec cette suite de tubes héroïques pour stade de foot.

Après tout ce bruit, cette agitation et ce déploiement de force, le rock un peu brut de Hanni El Khatib allait faire une impression forcément différente.

Et ça a été totalement différent, la prestation d’Hanni El Khatib a été le concert de clôture le plus parfait qu’on pouvait espérer

Chaque morceau laissait dans l’attente d’un autre, et même si le set n’a pas été si long, le musicien américain a bien fait le show devant le (maigre?) public restant. On peut dire que le gars gominé, avec sa formation un peu remaniée a très bien clôturé le festival.

Et un bilan alors ?

Avec une programmation pas très clinquante, et quand même pas mal de moments de creux, la Route du Rock 2012 a quand même été de plutôt bonne facture avec des réussites comme les concerts de Hanni El Khatib, de Cloud Nothings, Veronica Falls, de Civil Civic et même d’Alt-J. On attend bien sûr, comme chaque année, la prochaine édition et les prochaines promesses.

Sinon il y avait aussi

Ce gars là:

Et des gens bien lookés sous le soleil.

 

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