« Mes jambes, si vous saviez, Quelle fumée… » au Théâtre de la Bastille

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En ce début d’été, Bruno Geslin reprend au Théâtre de la Bastille « Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée… » qu’il y avait crée en 2004. Ode sulfureuse et goguenarde à la subversion et au plaisir, la pièce se base sur des entretiens réalisés avec l’artiste surréaliste Pierre Molinier, fétichiste des jambes, des bas et somme toute de tout ce qui gaine et peut être gainé.

Nous voilà plongés dans l’atelier du peintre-photographe-jouisseur vieillissant. D’emblée, on est saisi par la formidable et paradoxe équation qui sous tend « Mes jambes… »: Le spectacle d’un esthétisme érotico-fétichisme et l’écoute de cette voix qui raconte, pleine du soleil du Sud Ouest à laquelle ne cessent de se greffer des rires.

Molinier, incarné par un Pierre Maillet remarquable, est définitivement hors des clichés du sexe mis en scène. Rien n’est secret, rien n’est « malsain ». Il aime à narrer ses pratiques, ses influences, ses sources, ses fantasmes, sans le moindre voile, avec une sincérité crue et joyeuse assez déconcertante.

Maillet, portant talons, corset, jarretière et bas, interprète une partition sans fausse note. On découvre un Molinier sur le fil, tout aussi farceur qu’obsédé par la mort, libre et vindicatif, déterminé et insoumis mais sans doute aussi plein de failles et de doutes. Il est entouré sur scène par le danseur au corps superbe, Nicolas Fayol,  tout aussi travesti et par la comédienne Elise Vigier, qui lit quelques textes d’Emmanuelle Arsan.

La mise en scène et la scénographie, nourries par des projections vidéo sexy et audacieuses et par des accompagnements musicaux et sonores  pertinents, consacrent l’univers érotique de Molinier avec sensualité et grâce, quand bien même on touchera de près à l’imagerie trash. Il se produit en effet quelque chose de surprenant: c’est comme si Molinier pouvait vous parler de godes, d’auto-fellation voire de nécrophilie sans jamais être vulgaire ou choquant. Au contraire,  il le fait une certaine légèreté, avec joie, avec l’enthousiasme de celui qui voue sa vie à sa passion. C’est sans conteste ce petit rire, à la fois satisfait et étonné parcourant le spectacle qui illustre le mieux « Mes jambes… ».

Transcendant les genres – dans tous les sens du terme, offrant un spectacle chorégraphique excitant et élégant et un récit provocateur et drôle, « Mes jambes… » est un remarquable OVNI théâtral , un déroutant objet de désir et un hymne à vivre pleinement sans se soucier de la norme.

 

Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée…

de d’après les entretiens de Pierre Chaveau avec Pierre Molinier réalisés en 1972, mis en scène par Bruno Geslin

Au Théâtre de la Bastille jusqu’au 30 juin

 

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