Les Vieilles Charrues à Carhaix. Dimanche 22 juillet 2012

De retour aux charrues pour la 4e année consécutive, je commence à bien connaître la longue route pour Carhaix, et j’apprécie même la départementale 787 et ses paysages champêtres. L’arrivée à Carhaix est toujours un grand moment, des gens partout, une ambiance d’après soirée en appartement, à en juger par l’air un peu fatigué des types dans la rue, mais en même temps c’est vrai qu’une bonne pinte de bière rousse dès 11h ça te remet un homme (une fille) sur pied. En route vers le site du festival,je croise des gars qui préparent « le mélange »* -Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n’interagissent pas chimiquement. -, où comment faire entrer quatre bouteilles dans une seule. Je récupère mon bracelet en papier (ça va cette année il ne pleut pas) et je suis prêt à subir une overdose de musique. Mais avant un arrêt galette complète + cidre s’impose (faut pas déconner).

 

Le soleil tape dur, je suis devant la scène Kerouac, pour écouter un peu les vainqueurs des jeunes charrues de l’an passé, les Jesus Christ Fashion Barbe. Devant, collée à la scène, une fille déguisée en bagnard, sans doute elle veut se faire capturer par un des gars ou par des filles déguisés en super héros croisées au cours de la traversée du champ. Le groupe arrive sur scène, un peu impressionnés sans doute, même si le site est encore loin d’être plein, d’ailleurs à un moment le chanteur dit que ça lui fait drôle de se voir sur des écrans géants en face de lui.

Leur musique est une sorte de pop à la mode du moment, mâtinée du post punk (rennais**barré, oui je sais ils sont pas de Rennes) un peu édulcoré, avec une chouette voix, pour résumer le son de presque tous les nouveaux groupes du moment. Mais c’est déjà très propre, très professionnel et ça enchaîne parfaitement les morceaux, et s’ils sont peut être intimidés de jouer sur cette grosse scène ça ne transparaît pas du tout. Le couple synthé / basse, bien soutenu par la batterie, avec souvent des guitares un peu carillonantes trahi une grosse influence New Wave, ce qui n’est pas pour déplaire aux premiers festivaliers sur site.

 

Je reste un peu devant le groupe puis je me dirige vers la scène Jeunes Charrues, pour (enfin) voir Mermonte en vrai. Le groupe rennais que j’avais découvert sur internet, précédé par une réputation très flatteuse sur scène, avec notamment une prestation très remarquée à l’Espace B (il paraît, mais à l’Espace B tout le monde fait des prestations remarquées, à part peut être Nite Jewel et Frankie Rose). Première constatation, ils sont super nombreux, de quoi faire une équipe de football, ou bien de quoi faire un tournoi de belote dans le tour bus (un ,jour, qui sait).

Sur la scène j’ai vu: deux batteurs, comme dans un miroir (au point d’avoir la même audace de barbiche); une fille en robe virtuose du tambourin et du glockenspiel, des guitaristes, , un bassiste, une violoniste en robe aussi, un gars à côté d’elle visiblement de formation classique lui aussi, et un chef qui a l’air content d’être là. Le tout prend de la place sur la petite scène (dire que Ghislain -le capo du groupe- voudrait encore plus de musiciens!). Le concert commence, ça joue bien et fort, la mécanique est parfaitement huilée, les musiciens sont attentifs, ils passent d’un instrument à l’autre. Au début du concert, je retrouve avec plaisir Monte, la première chanson de l’album, celle qui accroche l’oreille tout de suite, avec ses maracas (ouais les œufs musicaux là) et l’introduction au glockenspiel, les guitares, puis l’explosion de bonheur avec la batterie, les chœurs et le violon, et enfin le chant (il y a même des paroles).

On retrouve finalement toutes (ou presque) les chansons de l’album, pratiquement à l’identique, on sent que le groupe est bien rodé, tout est réglé la plupart du temps au millimètre. La plupart du temps, parce que sur certains morceaux, on sent que le groupe est bien rodé, tout est réglé la plupart du temps au millimètre. La plupart du temps, parce que sur certains morceaux, on sent que la profusion d’instruments nuit à l’unité de l’ensemble, c’est parfois un peu cacophonique, l’effet des deux batteries et de la multiplication des couches de guitare sans doute. Mais le groupe a su gagner le cœur du public présent, une petite foule s’agglutine devant la scène et dodeline doucement de la tête sur les riches mélodies des rennais. Sous le soleil radieux, le groupe fini par un joli morceau qui achève (sans doute, hein) de convaincre le jury (oui des experts musicaux, astucieusement dissimulés dans le public (déguisés pour ne pas être reconnus avec des fausses moustaches, des perruques, et des tatouages de marins), bref pas n’importe qui, hein.

Experts musicaux (allégorie)

L’an prochain, Mermonte seront au rendez vous sur la grande scène, avec du soleil, peut être, et en tout cas pas mal de bonheur en perspective (et plein de gesticulations aussi, ça v guincher les amis)

Après le concert, un peu démuni, il n’y a pas de trucs vraiment intéressants avant un moment, on décide avec mes compagnons de fortune de faire un tour des lieux, histoire d’être au point au niveau géographie, et aussi, surtout de trouver de coins d’ombre. On voit que l’éventail des choix culinaires du festival est toujours aussi large, je note que les patates au lard seront parfaites pour la fringale de 21h. On finit par se réfugier sous un grand chapiteau, non loin de la tente Ubuntu (il faudra un jour m’expliquer ce que Linux a à voir avec les charrues, mais bon). Là un groupe joue, ou fait ses balances; c’est assez difficile à dire, tant le set est chaotique. Puis après un moment de flottement deux gars habillés en super héros (enfin dans l’idée des super héros que se font les mecs drôles pour qui des lunettes de soleil sont un déguisement en soit et un élément de leur vie de mec bien dans leur peau) arrivent sur la scène et commencent à déclamer des trucs en breton, il y en a un qui ressemble à un audacieux croisement entre le professeur Tournesol, Guy Gilbert et Elvis période sandwich aux bananes, l’autre, plus sobre, est vêtu d’un collant et d’un masque, je pense que c’est un notable local qui a perdu un pari, genre le pâtissier ou le cardiologue, parce qu’il est beaucoup moins à l’aise que son copain pour faire des gestes et hululer des trucs.

En tout cas c’était une pause très rafraîchissante (dans tous les sens du terme) avant d’aller jeter une oreille sur Amadou et Mariam. Le duo malien est très démonstratif et font bouger le public de plus en plus nombreux au son de leur chansons maintenant très connues. Pas si connues, en traversant la foule, un gars visiblement lucide demande à son copain « mais c’est ça Garbage? », bon l’autre n’est pas très drôle et lui dit la vérité, dommage.

Amadou et Mariam, c’est très pro, ils prennent la parole alternativement; et ils lancent les chansons chacun leur tour, bien épaulés par leur musiciens et leurs choristes bien au point. Mais les tubes radio sont bien au rendez vous et ils finissent bien évidemment par Beaux Dimanches, la chanson au riff le plus accrocheur du monde, si vous y pensez il ne sort jamais de votre tête « ‘les dimanches à Bamako, c’est les jours des mariages…(…) ». Je décide de ne pas sombrer dans la dépression post Amadou et Mariam et j’écoute de loin les vétérans du rock propre et sans risque Garbage reprendre poussivement leur tubes et les « merveilleuses » nouvelles chansons de leur album qui vient de sortir. Là bien sûr je ne me doutais pas encore des grands moments musicaux de trucs poussifs que j’allais vivre dans la suite de la soirée; et je m’en doutais pas hein, non, non, Lou Reed c’est qui d’ailleurs? Je l’ai vu en concert déjà? Tiens d’ailleurs les Garbage jouent un peu plus tôt que prévu, il paraît que c’est parce que Lou Reed, Bob Dylan veut voir le soleil se coucher sur son public et pouvoir leur faire un petit discours inspirant et l’alcool et la pénombre aidant, mieux communier avec eux, et aussi parce qu’il a prévu un costume très drôle à base de LED multicolores (enfin c’est des rumeurs, c’est pas sûr, les gens disent parfois n’importe quoi).

Sur la scène jeunes charrues il y a les locaux de l’étape Tax Station qui jouent. C’est un quatuor qui font une sorte de rock indé un peu grunge. Lorsque j’arrive devant, c’est un peu la débandade, le bassiste est en train de jouer la ligne de basse de A Forest, et le batteur est en boucle. Au centre, un des chanteurs, visiblement un peu stressé, ou bien victime d’un problème technique, ou bien d’un coup de grisou. Il met un peu de temps à se remettre, et finalement le groupe livre une prestation très honorable, bien mieux en live que sur les morceaux, donc un bon petit moment en leur compagnie. Après, je passe rapidement jeter un œil sur les gars de 1995 et sur Santigold et son flying Circus, et puis je me dépêche de trouver une place correcte pour essayer de voir Bob Dylan dans de bonnes conditions. Deux gars derrière disent qu’ils ont hâte de voir Bob Diwan (oui, voilà une preuve que le chanteur américain a bien été adopté par les bretons).

La scène est bien vide pour l’instant, on aperçoit des claviers rhodes, une lapsteel guitar ; ce qui présage d’un concert très blues rock. La star est en retard, le public applaudit les quelques techniciens qui font les derniers réglages des instruments. Puis tout le monde arrive sur scène, Bob Dylan est bien entouré, il y a cinq musiciens, de loin on devine bien les requins de studio habituels dans ce genre de concert. De loin ? Oui, de loin parce qu’apparemment Bob Dylan n’a pas souhaité se faire filmer de trop près, ni photographier d’ailleurs, à en juger par le nombre de gars équipés d’appareils photos avec des objectifs plus gros que des bras de lutteur. Ne se voyant pas vieillir, le bon Bob ne veut pas nous faire partager ses rides et sa chair devenue flasque, soit, mais quand il y a autant de monde devant une scène (sachant que la jauge du festival doit être à 50000), à un concert, comment montrer quoi que ce soit si on ne voit qu’un lutin sur une scène géante ?

En tout cas, Dylan arrive sur scène, ne salue pas le public, et se met de suite au clavier, pour commencer le concert avec Leopard-Skin Pill-Box Hat, c’est propre, on ne peut pas dire le contraire, la voix du vieux monsieur se tient à peu près bien même si son nasillement caractéristique à laissé la place à un grasseyement rauque (tu imagines le truc de fou?). Il enchaîne les chansons rapidement, comme s’il voulait rester le moins longtemps possible sur la scène, on retrouve pêle-mêle : This Wheel’s on Fire, Summer Days, Sugar Baby, soit un panachage de morceaux récents et de quelques vieilleries. Pendant Summer Days, mon estomac me rappelle qu’il y a des pommes de terre au lard qui m’attendent quelque part sur le site. Je craque pendant les premières mesures de Sugar Baby, et j’abandonne, le concert de Bob Dylan est déjà très pénible à suivre, parce qu’il ne se passe rien, alors l’estomac vide on est dans l’impossible. Je quitte sans regret mon emplacement rêvé (à 100m de la scène hein) et je file dans la Garenne quérir le plat ancestral, roboratif et possiblement magique. Pendant l’attente je rencontre deux gars formidables dont je reparlerai plus tard (suspens).

Assis devant mon assiette, j’entends la fin du concert de Bob, Il finit par les classiques, Like A Rolling Stone, All Along The Watchtower et me semble t’il Blowing in the Wind (mais je suis pas trop sûr du dernier). Fin du concert, le public n’a pas l’air franchement enthousiaste. Je me dirige vers la plus petite des scènes pour voir ce que vaut Orelsan en live, j’en attendais pas grand chose, j’aime bien la vivacité d’esprit du rappeur, mais son virage marketing pour son dernier album m’avait laissé un peu perplexe. La petite scène est cernée par une véritable marée humaine, visiblement le « scandale » attire du monde.

Apparté : D’ailleurs je me demande encore pourquoi (comment) la chanson Sale Pute a fait autant de bruit, c’est pas pire que TTC ou Le Club des Losers pour l’image de la femme. Enfin bon Orelsan n’a finalement pas grand chose à voir avec les deux cités, mais ça me fait beaucoup plus penser à Dizze Rascal ou Tinchy Stryder la rage adolescente en moins. Le concert est réglé au millimètre, ici pas de gros coup de calcaire ; les musiciens sont au point, Orelsan arpente la scène et joue tous ses tubes que tout le monde connaît, le public est chauffé à blanc, devant la scène les costauds de la sécurité sortent des filles et des gars au bord du malaise de la foule. La foule, une joyeuse bousculade, mélange d’âges : des dames de 60 ans, des enfants d’une dizaine d’année (ça ira les éducateurs de faire écouter ça à vos enfants?), et plein de djeuns bien dans l’ambiance Vieilles Charrues. Le show est bien rodé, et on ne s’ennuie pas une minute, il y a le moment où il fait danser le public, il y a le moment où les gens reprennent en chœur La Terre est Ronde, sa chanson belle comme du Menelik, il y a le moment émotion trop théâtral ou il enlève son t shirt (le plan marketing comportait visiblement une partie musculation et protéines), le moment trop théâtral où genre il se tire une balle. Mais je ne boude pas mon plaisir et je passe un très bon moment devant le concert. Même si après coup je me demande un peu si je n’ai pas aimé ce live en réaction aux autres trucs de la journée qui étaient quand même loin d’être fous.

Le reste de la soirée se passe assez rapidement, je vois un petit peu de Kasabian, LE groupe anglais de service qui fait le boulot, le chanteur visiblement bien hydraté (les caméras se sont remises en marche une fois Bob Dylan parti) multiplie les poses et les mouvements, à l’aise sur la scène, comme s’il était dans son local pub. Puis le début de Gossip, avec une reprise de Garbage et une reprise de Queen, parce que Beth Ditto fait ce qu’elle veut. Il paraît qu’elle a eu un peu de mal à finir le concert, je ne l’ai pas vu, j’étais déjà reparti vers d’autres contrées après une journée bien chargée.

Ah et sinon les deux bons génies de la soirée. J’avais pour projet de faire des interviews de festivaliers, j’en ai fait deux, très concluantes. la prochaine fois je ferai mieux. Ou alors je parlerai aux gens avant que les bars ouvrent. Mais voilà ce que j’ai recueilli comme témoignage.

Les questions:

  1. Depuis combien de temps tu viens au festival?
  2. Tu as aimé quoi cette année?
Les réponses:

Cédric (25 ans – Plestin – Côtes d’Armor)

Donc Cédric a 41 cuches sur sa tête, le record des Côtes d’Armor

1 Depuis 2008 !

2 J’ai aimé C2C, Hubert-Félix Thiéfaine, et Martin Solveig et sinon ce soir j’attends Gossip ça va déchirer.

Johan (21 ans – Plestin – Côtes d’Armor)

La force tranquille

1 Depuis 2008 aussi.

2 Youssoupha, C2C, Justice, Jesus Christ Fashion Barbe (tu m’étonnes ! NDLR), et aussi le air biniou c’était une tuerie.

Les gars ne plaisantent pas avec la musique

 

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