King Krule, 6 Feet Beneath the Moon (XL Recordings/True Panther, 2013)

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King Krule a commencé sa carrière sous le nom de Zoo Kid, à l’époque d’un de ses premiers singles : Out Getting Ribs, le son était artisanal, pour ne pas dire approximatif, en tout cas noyé sous des tonnes de reverb. Ces premiers pas posaient les bases, une voix rauque, un son de guitare sec et brut, et une émotion à fleur de peau. Selon la légende son disque a été enregistré sur un ordinateur portable hors d’âge.

Plus âgé (déjà 19 ans ! ) Archie Marshall sort son premier album, environ 3 ans après ses premiers pas, avec notamment une prestation remarquée au MIDI Festival (j’avais trouvé ça un peu chiant, bien, mais après trois chansons, les feulements et la gorge en feu ça lasse). Dès les premiers moments, on retrouve la touche King Krule, le son caractéristique de guitare, les arrangements dépouillés, la reverb, toujours là, et les effets sonores aquatiques meublant l’espace. Rien n’est superflu, tout est fait pour mettre en valeur la voix d’Archie Marshall, ses nuances et ses rugissements étouffés. Du blues jazz moderne, ou bien l’évolution finale de ce qu’aurait pu (dû ?) devenir le trip hop, en résumé, la bande originale rêvée de la ville post industrielle. Mettez un casque, fermez les yeux, vous êtes dans les rues délabrées de Birmingham, dans les quartiers résidentiels typiques de l’Angleterre, ou bien dans les allées anonymes et froides de la Défense, même là ça marche.

S’il fallait ressortir des chansons de l’album qui résumeraient ce qu’est la musique de King Krule, on peut choisir Baby Blue, avec ses accords de guitare qui installent l’ambiance, des beats discrets et noyés dans la reverb et sans doute un peu de Leslie (oui même ici, le psychédélisme trouve une place). Et bien sûr, la voix, un chant un peu romantique et jazzy, plein de nuances, avec une mélodie accrocheuse. On peut aussi sélectionner, bien sûr, la reprise (le remake) d’Out Getting Ribs, toujours parfaite, avec ses accords tristes, le son de guitare un peu parasité, et ses paroles nostalgiques. Ou A Lizard State, avec cuivres, chanson un peu différente, car plus énergique, et définitivement tournée vers un jazz pop mutant, entre Tom Waits, Tom Jones et la sélection route de FIP. J’ajouterai à ce mix entre chansons déjà anciennes, Ocean Bed, archétype de la recette parfaite du chef Archie, avec ses guitares carillonnante et ses percussions étouffées et Neptune Estate, fortement influencée par les musiques urbaines, avec son sample vocal, ses klaxons dub, son beat répétitif et sa boucle de piano. Là les paroles du chanteur sont scandées, la voix garde sa texture si particulière, mais la scansion ouvre sans doute de nouvelles voies, vers une hybridation de la musique avec le hiphop.

6 Feet Beneath the Moon ne donne pas vraiment l’impression d’un album fini, mais il permet d’entendre tout ce qu’on peut aimer chez King Krule, on y retrouve une patte très personnelle et unique. Mais le disque est plutôt une compilation de possibles, des vieux morceaux éprouvés et rejoués, des moments dans trop de prise de risque mais réussis, et des pistes, des éclairs, qui laissent espérer un futur radieux, et des lendemains pleins de belles chansons et d’émotion.

King Krule, 6 Feet Beneath the Moon (True Panther, 2013)

 

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