« En souvenir d’André » de Martin Winckler

Que vous soyez lecteurs de romans, sériephile, radiophile ou engagé(e) pour le droit des femmes, vous avez forcément déjà croisé la plume ou la voix de Martin Winckler, médecin touche à tout, généreux dans ses démarches comme dans le style qu’il adopte sur tous les supports qu’il explore.

 

Dans son nouveau roman, En Souvenir d’André, il délaisse ses thématiques habituelles et ses formats fleuves pour livrer un livre élégant, touchant et sensible sur la problématique de la fin de vie. Pas de changement radical toutefois, il garde au centre de ses problématiques un aspect crucial : l’écoute des malades, l’empathie professionnelle, le désir/la nécessité de soulager les maux physiques et psychologiques des malades.

 

Plus qu’un militant fougueux, Winckler est un humaniste bienveillant et ce nouvel opus en forme de plaidoyer subtil en est une nouvelle preuve. Adoptant une nouvelle fois la première personne pour se glisser dans la peau d’un médecin vrai-faux double, il offre une vision in vivo des arguments en faveur du suicide assisté. N’allez pas chercher des phrases chocs pour briller dans les discussions pseudo éthiques de soirées: son raisonnement se déploie dans le fil d’un récit où les histoires intimes se croisent sans voyeurisme, ni emphase. Comme en douceur malgré la difficulté du sujet. Avec ce qu’il faut d’affect pour embrasser la question avec son cœur mais sans pitié, ni misérabilisme.

 

Il n’empêche que l’on sent une plume pleine de larmes et de colère contre une société qui s’acharne à maintenir dans ce qui n’est même plus une vie des patients qui n’en peuvent plus et voudraient juste rentrer chez eux et dormir, enfin, sans souffrance ni angoisse.

 

En souvenir d’André est sans nul doute un cri du cœur mais qui jouit de la pondération et de l’intelligence d’un homme résolu à défendre ses convictions en interpellant avec autant de pudeur que de sincérité ses lecteurs. C’est à mon sens la plus belle des postures politiques et En souvenir d’André est un des plus beaux ouvrages sur la fin de vie que j’ai pu lire. Espérons que le gouvernement l’intègre dans son plan de lecture lorsqu’il s’agira de statuer sur cette question essentielle qui demeure un des plus grands pas à franchir pour la liberté individuelle.

 

| Ed. P.O.L | 208 p. 16 €.

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