« Elle brûle » à la Colline

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Oppressante et fascinante, « Elle brûle » , deuxième volet de la série autour de Madame Bovary de Flaubert proposée par la Compagnie « Les hommes approximatifs » livre une vision du quotidien où s’entremêlent sans cesse le réel et la fiction.

Avec elle, la compagnie continue d’inventer un mode de conception somme toute inédit où l’écriture ne précède pas la mise en scène mais où toutes deux sont intimement mêlées.

Un fait divers comme ceux qui ont marqué l’actualité ces dernières années. Mal-être, ennui, angoisse, besoin d’exister au monde, mensonges, dettes: le cocktail vers un inexorable drame familial.

Mon spoiler n’en est pas vraiment un, on  sait d’emblée qu’Emma, la mère,  est morte. La scène initiale nous introduit dans le désarroi, entre égarement, tristesse et colère, d’une famille juste en deuil. Emma gît, face à nous, dans la chambre adjacente au salon où l’action prend place.

Retour ensuite sur le commencement de la fin. Le public est invité avec un réalisme déconcertant dans le quotidien d’une famille apparemment heureuse, apparemment sans histoire. Mais peu à peu des indices de l’issue fatale se mettent en place. Un mot, un geste, puis une première défaillance d’Emma. Le verni se craquelle, Emma brûle, se consume et le climat se fait de plus en plus anxiogène.

Le travail de décor, lumières et sons joue un rôle prépondérant dans la montée de cette angoisse, d’autant qu’il déploie progressivement des stratégies relevant du fantastique comme pour mieux appuyer sur l’inévitable issue.

Les comédiens, dans cet effort de jeu sur le banal et la quotidienneté, livrent une prestation d’une formidable justesse.

Il règne quelque chose de malsain, de morbide presque, d’abord presque indécelable puis de plus en plus patent. Nous adoptons un rôle de témoins qui cherchent, dans ce qui nous est donné à voir et à entendre, des signaux d’alerte.

Fragilité de ma part et/ou véritable gage de savoir-faire de la Compagnie, j’ai eu beaucoup de mal à supporter cette pièce douloureuse. Elle vous intrigue, vous attire, vous fascine et vous obsède encore longtemps, avec des flashs d’images, de lumières et de sons.

Une création forte et d’une grande intelligence, qui captive et dérange. On peut ne pas aimer être autant chamboulé mais on ne saura nier le grand talent de l’auteure, de la metteuse en scène et des comédiens.

 

« Elle brûle » à La Colline

Distribution : De Mariette Navarro, mise en scène Caroline Guiela Nguyen. Avec Boutaïna El Fekkak, Margaux Fabre, Alexandre Michel, Ruth Nüesch, Jean-Claude Oudoul, Pierric Plathier

Jusqu’au 14 décembre 2013

 

 

 

 

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